Puissance de la diversité
L’immigration nous donne une possibilité unique de revitaliser notre société, d’accueillir des idées nouvelles et d’acquérir une nouvelle énergie.
Mr GORDON M. NIXON
Allocution prononcée par le Président et chef de direction de RBC Groupe Financier devant le cercle Canadien des Femmes de Montréal le 18 Octobre 2004,reproduit dans le forum de la section Affaires du Journal La Presse du 25 Octobre 2004-11-08
Utiliser le capital humain est – ou devrait être – un des premiers objectifs de toute grande civilisation. Et le Canada, qui est une des nations les plus diversifiées sur Terre, a plus à gagner à œuvrer à cet objectif que pratiquement tout autre pays.
En libérant la puissance de la diversité, le Canada peut devenir plus compétitif et plus dynamique. En tant que nation, nous rivalisons avec d’autres pays pour attirer des talents et des investissements ainsi que pour la croissance économique – et les enjeux sont très élevés. Dans l’ancienne économie, l’avantage économique provenait des capitaux investis notamment dans les usines, le matériel et les machines. Au XXI e siècle, il provenait du capital humain, et plus notre pays sera diversifié, plus nous aurons de capital intellectuel dans lequel puiser.
C’est particulièrement important dans le débat actuel au sujet des délocalisations. Beaucoup de gens croient que c’est la main-d’œuvre bon marché qui permet à des pays en développement comme la Chine et l’Inde de croître rapidement et d’enlever des emplois aux pays industrialisés. Ils se trompent. Ces pays investissent aussi lourdement dans la technologie, les techniques, l’amélioration de l’éducation et l’innovation pour pouvoir livrer concurrence sur le front du capital intellectuel. Par exemple, l’Inde est devenue un centre international de développement de logiciels. Et la Chine produit 160 000 ingénieurs informaticiens chaque année dans l’application de son plan à long terme pour devenir une grande puissance économique mondiale.
Pour rivaliser avec ces nations, nous devons continuer de développer notre capital intellectuel. Dans un pays aussi petit que le Canada, nous ne pouvons simplement pas nous permettre d’ignorer des personnes de talents et intelligentes simplement à cause de différences de sexe, d’origine ethnique ou autres. Dans l’industrie et le commerce, la diversité est un de nos plus grands atouts pour faire croître le capital intellectuel et assurer notre capacité de livrer concurrence.
Le défi devient toujours plus crucial à mesure que le Canada continue de changer. Aujourd’hui, un Canadien sur cinq est né en dehors du pays. Le pourcentage de membres des minorités visibles dans notre population a triplé au cours des deux dernières décennies. Cinq millions de Canadiens indiquent comme langue maternelle une langue autre que le français ou l’anglais.
Et le rythme du changement ne ferra qu’accélérer. Le Canada a pour objectif d’accueillir 300 000 nouveaux immigrants chaque année, soit environ un pour cent de notre population actuelle.
Pour comprendre la nécessité de ce niveau d’immigration, il suffit de considérer quelques-unes des grandes tendances démographiques qui modèlent notre société. Depuis le début des années 1970, le taux de natalité au Canada a chuté nettement en dessous du niveau nécessaire pour maintenir notre population. Et le groupe bien connu des baby-boomers avance inexorablement vers l’âge de la retraite.
L’immigration nous donne une possibilité unique de revitaliser notre société, d’accueillir des idées nouvelles et d’acquérir une nouvelle énergie. Certaines personnes craignent l’impact de l’immigration, mais celle-ci a été une source de vigueur pour le Canada dans le passé. Cependant, l’histoire du monde démontre que rien ne garanti que la diversité, en elle-même, sera une force positive.
La puissance de la diversité ne se libère pas spontanément. Il faut pour cela un effort concerté dans tous les secteurs de notre société, et notamment un leadership de la part du monde des affaires. Et, ce qui est peut-être le plus important et le plus difficile, il faut de nouveaux modes de pensée.
Cependant, alors que, les Canadiens contemplent le profond changement qui s’opérera dans notre composition démographique au cours des années à venir, nous pouvons nous réconforter de notre succès passé dans l’accueil de vagues successives d’immigrants.
Loin de moi l’idée que tout est parfait dans notre bilan en tant que nation – particulièrement en ce qui concerne les premiers habitants du Canada. Mais pour l’essentiel, et à quelques exceptions notables près, ces vagues d’immigrants ont bien été intégrées dans la société canadienne.
Il reste quand même beaucoup à faire. Certaines preuves nous indiquent que nous savons moins bien, et non pas mieux, intégrer pleinement les néo-Canadiens dans la vie économique de ce pays.
Un rapport récent de Statistique Canada révèle que nos immigrants les plus récents ont des niveaux d’études plus élevés que leurs homologues nés au Canada. Et pourtant, ils sont plus nombreux à occuper des emplois inférieurs à leur niveau d’éducation et gagnent moins que ceux qui sont nés au Canada. Et leur taux de chômage est plus élevé. Si le capital humain est aujourd’hui l’actif le plus important dans le commerce et l’industrie, cela représente assurément une belle occasion ratée.
Dans le passé, ces écarts de rémunérations et d’emploi s’effaçaient avec le temps, mais des chiffres récents indiquent qu’ils ne disparaissent aujourd’hui pas aussi vite que jadis. Il est clair que nous devons faire plus pour déceler et lever les obstacles à la pleine participation à la vie économique de ce pays. Et pas seulement pour les néo-Canadiens. Cela doit être fait pour tous ceux qui ont vécu la frustration de rester bloqués dans des emplois qui les privaient de toute possibilité d’avancement ou qui se sont heurtés au « plafond de verre » qui empêche leur accession à des postes supérieurs dans une entreprise. Si nous ne réussissons pas à supprimer ces obstacles, nous aurons manqué à notre devoir non seulement envers les nouveaux arrivants au Canada, mais aussi envers ceux qui sont nés et ont grandi ici.
Capter l’énorme potentiel de notre diversité est un défit qu’un groupe, un gouvernement ou un secteur ne peut pas relever seul. Mais c’est clairement un domaine dans lequel le monde des affaires peut, et doit, jouer un rôle phare.(…)
Journal La Presse du 25 Octobre 2004
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