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Des entreprises françaises se lancent dans la discrimination ethnique positive

 PARIS – Trente-cinq grandes entreprises françaises se sont engagées hier dans une « charte de la diversité » à lutter contre la discrimination ethnique à l’embauche et à recruter des personnes d’origines ethniques diverses.

« Je suis pour la discrimination positive », a déclaré sans ambages Henri Lachmann, président du groupe Schneider Electronic et signataire de la charte. « Il faut encourager ouvertement l’embauche de gens différents et notamment des minorités visibles comme les Arabes ou les Noirs. »

Cette idée de discrimination positive avait été lancée par le ministre de l’Économie, Nicola Sarkovy, quand il était ministre de l’Intérieur en annonçant à la fin de 2003 la nomination d’un préfet « musulman », une initiative immédiatement à l’origine d’une polémique.

L’idée est aujourd’hui reprise par le Club Montaigne, un groupe de réflexion d’universitaires et d’hommes d’entreprise autour de Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d’Axa, un des leaders mondiaux de l’assurance.

C’est à l’initiative de ce Club que 35 grandes entreprises, dont Airbus (construction d’avions), Sodoxho (restauration collective), Lafarge (ciment), Axa, Accor (hôtels) et Casino (grande distribution), ont décidé de se mobiliser sur ce terrain, conscientes de la réalité des discriminations raciales au sein des entreprises.

Le constat est en effet alarmant. Une enquête inédite de l’Université de Paris révèle l’ampleur du problème : les mêmes curriculum vitae (CV) ont été envoyés à plusieurs entreprises, l’un avec un nom « standard » masculin ou féminin, l’autre un nom maghrébin. Le premier a reçu 144 convocations à un entretien (75 pour l’homme, 69 pour la femme), le second 14 seulement.

Le CV doté du « nom standard », mais cette fois domicilié au Val Fourré à Mantes-la-Jolie, des quartiers sensibles de la banlieue parisienne à forte population maghrébine, n’a reçu que 45 convocations.

Certaines entreprises ont commencé à agir, l’exemple le plus abouti étant celui du groupe automobile PSA Peugeot-Citroën qui a signé le 8 septembre un accord pionnier.

Il s’agit de fixer un objectif de recrutement de diplômés issus de zones sensibles, de former son encadrement à gérer les différences.

« Ni quotas rigides, ni simple bonne volonté vouée à l’échec », selon les initiateurs de la charte, d’un feuillet seulement. C’est « un point de départ ». Elle a pour but de « mobiliser, d’engager les entreprises », affirme Laurence Méhaignerie, auteur avec le seul patron issu de l’immigration algérienne, Yazid Sabeg, d’un rapport sur Les oubliés de l’égalité des chances.

Le gouvernement encourage cette démarche. Dans son plan de cohésion sociale, le ministre de l’Emploi et du travail, Jean-Louis Borloo, a prévenu qu’il lancerait un débat au parlement sur les moyens d’imposer la diversité du recrutement, « si les démarches engagées par les acteurs sociaux ne progressaient pas dans les deux ans ».

En revanche, les Français ne sont pas favorables à cette approche. Selon un sondage publié jeudi, l’instauration de critères ethniques ou religieux à l’embauche est massivement rejetée. Seuls 9 % des Français, 5 % des directeurs de ressources humaines (DRH) et 12 % des habitants des zones urbaines sensibles y seraient favorables.

Il y’a en France de 5 à 7 millions de personnes selon les sources, soit issues de l’immigration, majoritairement maghrébine, soit étrangères.

 

BÉATRICE BRETONNIÈRE

AGENCE FRANCE PRESSE


 

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