OMEGA EXPRESS


La réduction de la disparité femme urbaine - femme rurale

La tenue de la journée du 8 mars, la journée internationale des femmes, dans plusieurs pays du monde, est l’occasion pour  les organismes de promotion de la femme, de la société civile, des associations féminines et des ministères, de mener plusieurs séances de travail procédant en revue les problématique de développement de la femme et les stratégies en leur faveur à mener, afin de réduire les disparités hommes-femmes. Le jargon utilisé est communément appelé approche genre. Le genre est perçu globalement sous l’angle de rapport hommes/femmes, en terme d’égalité des sexes, d’accès au pouvoir et politique, alors que la dimension de cette approche  au-delà de la relation homme/ femmes, se penche sur les disparités femmes/femmes.

Citons des exemples d’inégalités : femme instruite/femme analphabète, femme au pouvoir/femme dominée, femme au travail/femme au foyer, femme rurale/femme urbaine, et ceci engendrent des incidences négatives dans les rapports entre femmes.

Cette inégalité est plus marquée dans nos pays africains  entre la femme rurale et la femme urbaine. Il est vrai que  cette dernière n’est pas exempte des tâches domestiques et doit souvent les concilier à des activités professionnelles, toutefois le niveau de développement des infrastructures de bases, lui permet d’avoir accès aux moyens et d’évoluer sans  être confronté à la dureté des travaux domestiques.

La femme rurale, quant à elle, utilise sa force motrice pour accomplir ces travaux ; sans oublier que l’accès aux services sociaux de base, aux crédits, à la formation, à la santé, à l’information lui est difficile. En outre la participation aux instances de décisions et à la vie politique est presque inexistante.

Toute chose égale par ailleurs, la condition de vie  et le mode de vie de la femme urbaine  et de loin supérieure à celle de la femme rurale, dans nos pays africains.

Au Sénégal la situation particulière de la femme du monde rurale fait ressortir cette grande disparité. Pour la femme rurale la charge de travail quotidienne entrave son indépendance économique et sa participation aux sphères de décisions. L’inégal accès aux moyens de production se traduit par la non possession de la terre. La faiblesse d’accès aux ressources financières notamment le crédit limite l’initiative économique.

Pour illustrer nous nous permettons de citer un exemple réel, que nous avons vécu dans le Saloum dans le cadre d’un stage pratique de recherche.  Ndiba Ndiayène village du Saloum situé dans la communauté rurale de Médina Sabakh à 14 km de Nioro, dans la région de Kaolack, aux premières lueurs la cadence des pilons  annonce le début d’une journée chargées pour les femmes avec un temps de travail variant de 13h à 17h suivant les saisons. Elles usent de leur force motrice pour accomplir des activités, telles que la corvée d’exhaure de l’eau , la collecte et le transport de bois de chauffe , l’obligation de porter ces lourdes charges sur des distances grandes sous le chaud soleil menace leur santé.

Ce travail domestique non rémunéré leur laisse peu de temps pour qu’elles puissent se consacrer aux activités génératrices de revenus.

Par ailleurs lors des conseils, elles participent peu ou pas du tout aux décisions cruciales à prendre au « penth » ou place du village ; de toute façon leurs avis ne seraient tenus en considérations par les notables.

A Ndiba-Ndiayène même si les femmes possèdent des terres non fertiles, elles participent aux travaux champêtres du « chef de carré », qui après la récolte lui fourni le stock de céréale annuel pour les repas, pour les condiments à sa  charge elle n’a qu’à se débrouiller (suivant une réalité sociologique de certains village du Saloum).

Au Sénégal Il y a tant d’exemple à citer  que nous risquons d’être exhaustif. A l’instar des femmes de Ndiba, la charge de travail pénible qui s’accroît au rythme des saisons, la non participation à la vie économique et politique sont les lots quotidiens de la majorité des femmes du monde rural.

Comment faire pour alléger pour alléger le travail de la femme rurale ?

Comment faire pour réduire les disparités entre la femme urbaine et rurale ?

Autant de questions auxquelles  devraient répondre  gouvernements, collectivités locales, ONG, syndicats, associations des femmes, partis politiques, mouvements associatifs, à l’occasion des séances de travail de la journée du 08 mars et au quotidien.

Les acteurs de développement au niveau du terrain s’accordent aujourd’hui sur la pertinence  de la participation pleine et entière de  la femme rurale, d'où la nécessité de promouvoir cette participation. La promotion de la femme dans le processus du développement n'est pas seulement un problème d'équité mais surtout une nécessité. La participation de la femme rurale au développement pourrait être possible  lorsque celle-ci aura le sentiment que son travail est allégé et  valorisé. Cela lui permettra en premier lieu de se consacrer à des activités génératrices de revenus, en deuxième lieu d’obtenir une reconnaissance économique et sociale, et en dernier lieu de sortir du piège disparité « femme urbaine/femme rurale ».

Il serait judicieux, pour le Sénégal, que les partenaires au développement, mettent en œuvre des stratégies adéquates de manière générales pour améliorer politique, économique et sociale de la femme rurale, et de manière spécifique de réduire la disparité femme rurale/femme urbaine avec l’allégement de son temps  de travail, le développement de son leadership, la facilitation de l’accès au crédit et à la formation, l’implantation d’infrastructures socio-économiques. Et ceci, afin que la femme de Ndiba Ndiaye, de Pékesse, de Djiguimar, de Médina Sabakh, de Firguie, keur Ayib,   et celle de tant d’autres  villages  prenne elle-même en main son destin et que cette disparité femme urbaine/femme rurale, accentuée par la paupérisation du monde rural qui hypothèque son épanouissement culturel, psychologique et professionnelle,  disparaisse à jamais. Et  là son statut réel sera pris en compte par tous.

Le concept de la plate-forme multifonctionnelle conçue par l’organisation des Nations Unies pour le développement (ONUDI), un outil de développement  permettant aux femmes rurales d’avoir accès aux services communautaires et la possibilité de développer  des micros entreprises  déjà adopté dans plusieurs pays  du Sahel et même au Sénégal, gagnerait a être vulgarisé pour l’allégement des travaux domestiques dans l’ensemble  les communautés rurales du pays.

Les OMD Objectifs de Développement du Millénaire n’avancent-ils pas le postulat suivant :

La réduction de la pauvreté de la femme rurale se fera avec l’allégement de la charge de travail. Grâce au gain de temps et d’énergie les femmes se consacreront à des activités économiques, entraînant une augmentation et une diversification des revenus.

Dakar, le 07 mars 2005

 

Mariama Nianthio Ndiaye, Médiateur pédagogique
Email : nianthio@hotmail.com
Tel : 584 10 93

 

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